A chaque printemps, quasiment
tous les enfants « allaient aux fleurs ». C’est-à-dire que nous allions cueillir des fleurs de saison là où elles étaient.
Les violettes dans les creux de
talus ou en bordure des prés, ainsi que les primevères qui les accompagnaient de près.
Les hépatiques qui avaient ont
besoin d’un peu plus d’espace.
Le muguet et le sceau-de-salomon
poussant de préférence aux pieds des arbustes (comme les noisetiers)
Les tulipes, les narcisses dans les prés
ainsi que les boutons d’or.
Les bleuets et coquelicots en plein
champs, en bordure des prés, mélangés avec les fleurs de moutarde en une magnifique explosion de couleurs !
Les pervenches grimpant sur l’un des murs du
jardin du curé ou s’agrippant au talus en bord de Blésance. (c’est avec leurs lianes fleuries que nous nous déguisions en printemps bleus, recouverts tant bien que mal de la tête aux
pieds…)
Nous partions à 2 ou 3 et
même 5 ou 6. Je peux dire que nous savions cueillir les fleurs car nous ne les arrachions pas (sauf si la mère de l’un d’entre nous en voulait pour son jardin ou pour mettre en pot). Il devait y
avoir tellement de fleurs pour que nous puissions faire tant de bouquets ! Au retour, nous en donnions aussi aux personnes âgées et seules (non, non, nous n’étions pas des anges ! mais
pour les fleurs, il fallait bien que tout le monde en profite un peu !)
Quand nous allions aux
narcisses, c’était la razzia ! car, sil les fleurs sont belles en bouquets, elles sont bonnes sur la langue. En effet, on coupe la fleur en deux et on aspire la goutte de suc qui se trouve
dans le calice… parfum subtil et sucré. Voilà un bien fin plaisir volé aux abeilles et difficile à retrouver !
Nos bouquets de violettes et
primevères étaient généralement bien ronds, mauve au milieu, jaune sur le pourtour… Les narcisses, comme des gerbes de blé ; les bleuets, coquelicots, marguerites, boutons d’or (ceux-là,
nous les cueillions peu car ils ne tiennent pas bien une fois coupés) en touffe confuse ; les muguets bien serrés les uns contre les autres, protégés par leurs longues
feuilles.
Il y avait bien évidement les
fleurs spéciales, celles dont on ne dit les lieux qu’en confidence, telles ces violettes rouges aux pétales presque grenat qu’on ne trouvait qu’en
bas des pins de Baron (mais je ne vous dirai pas où… d’autant qu’avec les travaux qui transforment tout, elles ont sûrement disparu depuis de nombreuses années…). Le sceau-de-salomon ne
foisonnait pas non plus ! Il venait surtout dans quelques creux en bas de la Roche. Les violettes blanches (en réalité d’un mauve très pâle) poussaient plus tôt en bas du
village…
Ces souvenirs de fleurs sont
parmi mes meilleurs souvenirs d’enfance.