Lagrand est mon deuxième chez moi (parmi d’autres
encore !).
En effet, si je
suis née à Lachau, y ai appris à marcher et à parler, je n’y suis pas allée à l’école (contrairement à mes frères). J’ai commencé ma scolarité à Lagrand. Et puisque je parle de l’école, je
voudrais dire ici merci à mes deux institutrices : Mme Bonnaud et Mme Coussy. J’y reviendrai dans un article sur l’Ecole Communale de Lagrand.
Lagrand est un
village perché en haut d’une colline, au bord d’un plateau. On y accède par deux routes aussi raides l’une que l’autre mais la principale est un peu large (moins étroite) que l’autre et a deux
beaux virages en épingles à cheveux. Elle passe devant les Pins de Baron. Une petite sapinière (pourquoi disait-on pins ?) qui appartenait non pas à un baron mais à M. Baron (je ne sais pas
qui en est propriétaire actuellement).
Quand ma famille
est arrivée à Lagrand en 1955, il n’y avait pas de tout-à-l’égout, pas d’eau courante, pas de rues goudronnées…
Pour l’eau, il
fallait aller la chercher à la fontaine (il y en avait une à proximité de la maison que nous habitions). Mais l’hiver, quand il faisait très froid, avant de pouvoir remplir son seau d’eau,
allumer un feu sous le robinet était indispensable ! Pendant l’été, on se rendait à une
autre fon
taine avec
les pots-à-eau, celle de la calade à côté du lavoir, un peu plus éloignée, mais son eau était particulièrement légère et fraîche (très agréable en des temps où la majorité des gens n’avaient pas
de réfrigérateur). Quelques années plus tard, de gros travaux ont été entrepris par la commune : toutes les maisons ont eu l’eau à l’intérieur après le creusement des rues – à la main-, la
pose de tuyaux, la remise en place… Evidement, il n’y a pas eu de belles cuisines, salles de bains, toilettes, installées tout de suite, presque personne en avait les moyens !
En suite, il y a eu
le goudronnage de la route, de la place. Quant aux ruelles, elles ont été empierrées. Ce dernier travail a été effectué par des groupes de jeunes venant de divers pays d’Europe, logés et nourris
par les habitants du village. Ces travaux-là m’ont laissé un excellent souvenir : l’odeur du goudron, les machines qui dament le sol, les pelleteuses. Voir des lieux se transformer ainsi
m’avait paru très impressionnant (je suis toujours admirative des grands travaux routiers !). Quant à la présence de ces jeunes (vieux pour moi qui avais 7 ou 8 ans), elle a été marquante
aussi : nous entendions pour la première fois des langues inconnues. Les jeunes filles hébergées chez nous étaient Bulgares je crois.
Chose étonnante
pour un village ancien, il n’y avait aucun commerce : pas de boulangerie, nii d’épicerie, de
boucherie. E
n ces années-là, des marchands passaient une ou deux fois par semaine avec un fourgon : 2 épiciers, 1 boulanger, 1 boucher-charcutier, 1 poissonnier et une fois par mois un
marchand de vêtements ; une fois par an, des rempailleurs de chaises ; de temps en temps des cardeurs qui refaisaient les matelas. Il est vrai qu’une boulangerie, une épicerie, un bar,
un bazar étaient ouverts à Pont-Lagrand, à 1 km en bas du village (mais à pieds, avec la côte et un regard d’enfant, ça paraissait loin !
L’église
rassemblait quasiment tout le monde le dimanche, ceux qui y entraient et ceux qui restaient devant… Je reviendrai aussi sur cette petite église du XIIe siècle, sobre, à l’excellente
acoustique.
Ne croyez pas que
la vie était triste. Elle était sûrement dure pour les parents qui avaient beaucoup de mal à « joindre les deux bouts » mais je croix que nous y avons tous de bons souvenirs !
Comment les enfants préparaient leur confession, les disputes entre groupes d’enfants qui se formaient et se modifiaient, les « raids » dans les cerisiers au printemps, les voisines qui
chantaient dans la rue, la foire annuelle, jouer au « portrait » dans la neige, le nougat que le mari de l’institutrice préparait pour Noël, la salle de la mairie où tout le monde
assistait au dépouillement de toute élections, etc, etc
Tant
d’anecdotes ! J’essaierai d’en rapporter quelques unes.