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Barulage et promenage

MAROC : Ksabi

22 Mai 2008, 14:12pm

Publié par Barulaïre

               Pour aller à Ksabi, c’était simple : prendre la première piste à droite après Goulimine…

              Goulimine est une belle ville rose et blanche dans le sud du Maroc. Sa place, ses arcades, son marché aux chameaux à l’extérieur les samedis, sa tranquillité. Nous l’avons beaucoup aimée mais nous souhaitions passer un mois hors d’une ville, dans ce sud qui n’était pas encore tout à fait le désert mais déjà plus une terre ordinaire. Quand nous en parlions avec les gens, ils nous disaient qu’il n’y avait pas d’hôtel, pas d’endroit où loger. Nous avons donc décidé de rouler (à moto) vers le sud et de prendre la première route à droite. Pourquoi à droite ? parce que c’était la direction de l’océan. Et oui, envie de désert et d’océan… La première route fut une piste. Là, la moto était d’un grand intérêt car elle nous permettait de rouler aisément dans les traces de roues des camions… La piste sinuait (on peut se demander pourquoi les pistes traversant des lieux vierges font de telles courbes !) parmi de gros buissons poussiéreux. Elle passait par un village où nous nous sommes arrêtés. Nous pouvions considérer que c’était notre but. Il n’y avait quasiment personne sauf l’épicier et un client bavardant dans la petite échoppe qui semblait plus ouverte pour laisser entrer le soleil que pour faire du commerce ! Ils furent étonnés quand nous leur avons fait part de notre souhait de passer un mois ici. Ils ne savaient pas où nous pourrions séjourner mais une autre personne est arrivée et a parlé d’un homme qui avait un jardin à l’extérieur et qu’il avait peut-être quelque chose de disponible. Nous avons trouvé cet homme et, en effet, il nous a loué deux pièces dans une petite ferme à côté du village pour une somme très modique.

              Nous sommes allés voir le « jardin ». Ce que les gens de Ksabi appelaient jardin était en fait une petite ferme avec quelques animaux (ânes et lapins), un peu de terrain (oliviers, potager, herbes pour les lapins), deux ou trois bâtiments (habitations et abri pour les animaux) et surtout : un puits. Un puits qui faisait aussi citerne et bassin. Le tout entouré d’un haut mur couleur de sable.

             Là, vivait un homme jeune, chargé de s’occuper des arbres, du potager et des animaux et prénommé M'Bark. Il était très sympathique et nous nous sommes très bien entendus.

              Nous avions deux pièces : l’une tenait lieu de cuisine et de salle de bain, l’autre de chambre et séjour… Pour la toilette, il y avait l’au du puits. Pour la cuisine, nous avions acheté un brasero sur place et faisions tout cuire sur du charbon de bois ou du petit bois. Et là, je ne vous dis pas ! une simple omelette devient un plat de roi tant elle est parfumée ! Le meilleur souvenir culinaire que j’ai de Ksabi (à part un repas chez des habitants du village) est une soupe de pâtes faite par M'Bark sur un feu de bois...

             Régulièrement, nous allions à Ksabi faire quelques achats. Quand nous passions, les habitants, assis près de leur porte ou passant dans la rue, nous saluaient ou nous invitaient à venir chez eux.

              Nous sommes allés une fois pour un repas dans une famille qui nous a fait goûté un couscous de chameau. Il était particulièrement bon car la graine était moins blanche que celle habituellement utilisée et préparée avec un beurre comme ranci mais très agréable, en légumes : uniquement des carottes et des navets avec quelques poids chiches, bien-sûr, des épices ; en dessert, une salade d'oranges. Nous avions passé un très bon après-midi avec la famille.

              Une autre fois, c’est une soirée que nous avons passée dans une maison car les femmes voulaient me « faire les mains ». Les décorer avec du henné. J’étais évidemment ravie ! Je ne savais pas le temps que cela prendrait ! Là, les hommes et les femmes étaient séparés, j’ai passé la soirée avec elles. Dommage que je ne parlais pas marocain et qu’elles ne parlaient pas français ! mais on arrive toujours à se comprendre, c’est bien ce qui, à posteriori, paraît étonnant ! Elles ont commencé par passer de la pâte de henné sur toute la paume et la dernière phalange de chaque doigt de la main droite, la même chose à la main gauche mais là, elles ont décoré le dessus de la main et des doigts avec des courbes ou des lignes brisées, des points. Puis : garder les mains au-dessus d’un brasero pour faire sécher. Elles ont alors bien rincé le henné, en ont remis une couche qu’il a fallu faire à nouveau sécher et cela trois ou quatre fois (je ne me souviens plus !). Il était plus de minuit quand tout a été terminé. Mais c’était très joli : des dessins orangé foncé, une main bien décorée et l’autre très sobre. (cela a tenu 3 mois). C’était un beau cadeau qu’elles m’avaient fait. Nous avons bien ri, mangé des pâtes et bu du thé…

              Pendant ce séjour à Ksabi, nous avions rencontré à Goulimine des Français qui y faisaient un court séjour. Ils sont venus nous rendre visite dans « notre jardin ». Mais voilà, si les années 70 ont eu le grand intérêt de permettre une réelle liberté, une avancée dans les mœurs, cela a représenté aussi des abus ; il vaudrait mieux dire de l'incompréhension de la part de certains confondant liberté et grossièreté. Qu’une femme se baigne en petit maillot de bain dans la bassin à côté du puits a beaucoup choqué le jeune homme qui travaillait là (et nous aussi) mais elle n’a rien vu…

              Ksabi, c’était aussi les enfants. Ils venaient chez nous, nous bavardions et ils nous apprenaient un peu de marocain (liste écrite à l’appui) et nous complétions leurs connaissances en français. C’est eux qui nous ont offert la chienne Ksabi, eux qui nous parlaient de la forêt… cette forêt que nous ne voyions pas et qui était tout autour du village… La forêt était ces épineux qui poussaient, clairsemés, tout à l’entour dans le sol sableux… Leur étonnement et le nôtre étaient une chose très amusante (et édifiante) : ils ne comprenaient pas que nous n’ayons pas vu la forêt et nous étions étonnés qu’ils en voient une… mais chacun a pris le temps d’expliquer à l’autre son idée de la forêt.

              A Ksabi, point d’océan. Il était à plusieurs kilomètres de là mais son vent rafraîchissait l’air (un peu trop parfois), c’était le printemps et la saison des vents ici.

              Nous avons fait quelques balades dans les environs, sans but précis, à pieds ou à moto, juste pour le plaisir des yeux, des sensations devant ces étendues de sable, de terre et d’arbustes, parsemées de villages et de jardins.

 

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